25.11.2009

Nietzsche et le Libre Arbitre

La doctrine du Libre Arbitre avait une place toute particulière dans la philosophie de Nietzsche. Nécessité, fatalité, justice et besoin de punir, les points de réflexions et d'étude ne manquent pas. Humain, trop humain, Le Voyageur et son ombre, écrit peu après que Nietzsche quitta l'Université de Bâle, donne des terrains sur lesquels travailler : entre autres, comment la négation du libre arbitre peut-elle s'accorder avec la justice? Affaire à suivre...

Les partisans de la doctrine du libre arbitre ont-ils le droit de punir ? — Les hommes qui, par profession, jugent et punissent, cherchent à fixer dans chaque cas particulier si un criminel est responsable de son acte, s’il a pu se servir de sa raison, s’il a agi pour obéir à des motifs et non pas inconsciemment ou par contrainte. Si on le punit, c’est d’avoir préféré les mauvaises raisons aux bonnes raisons qu’il devait connaître. Lorsque cette connaissance fait défaut, conformément aux idées dominantes, l’homme n’est pas libre et pas responsable : à moins que son ignorance, par exemple son ignorance de la loi, ne soit la suite d’une négligence intentionnelle de sa part ; c’est donc autrefois déjà, lorsqu’il ne voulait pas apprendre ce qu’il devait, qu’il a préféré les mauvaises raisons aux bonnes et c’est maintenant qu’il pâtit des conséquences de son choix. Si, par contre, il ne s’est pas aperçu des meilleures raisons, par hébétement ou idiotie, on n’a pas l’habitude de le punir. On dit alors qu’il ne possédait pas le discernement nécessaire, qu’il a agi comme une bête. La négation intentionnelle de la meilleure raison, c’est là maintenant la condition que l’on exige pour qu’un criminel soit digne d’être puni. Mais comment quelqu’un peut-il être intentionnellement plus déraisonnable qu’il ne doit l’être ? Qu’est-ce qui le décidera, lorsque les plateaux de la balance sont chargés de bons et de mauvais motifs ? Ce ne sera ni l’erreur, ni l’aveuglement, ni une contrainte intérieure, ni une contrainte extérieure. (Il faut d’ailleurs considérer que ce que l’on appelle « contrainte extérieure » n’est pas autre chose que la contrainte intérieure de la crainte et de la douleur). Qu’est-ce alors ? serait-on en droit de demander. La raison ne doit pas être la cause qui fait agir, parce qu’elle ne saurait décider contre les meilleurs motifs. — C’est ici que l’on appelle en aide le « libre arbitre » : c’est le bon plaisir qui doit décider et faire intervenir un moment où nul motif n’agit, où l’action s’accomplit comme un miracle, sortant du néant. On punit cette prétendue discrétion dans un cas où nul bon plaisir ne devrait régner : la raison qui connaît la loi, l’interdiction et le commandement, n’aurait pas du laisser de choix, pense-t-on, et agir comme contrainte et puissance supérieure. Le criminel est donc puni, parce qu’il a agi sans raison, alors qu’il aurait dû agir conformément à des raisons. Mais pourquoi s’y est-il pris ainsi ? C’est précisément cela que l’on n’a plus le droit de demander : ce fut une action sans « pourquoi ? », sans motif, sans origine, quelque chose qui n’avait ni but ni raison. — Pourtant, conformément aux conditions de pénalité énoncées plus haut, on n’aurait pas non plus le droit de punir une pareille action ! Aussi ne peut-on pas faire valoir cette façon de pénalité ; il en est comme si l’on n’avait pas fait quelque chose, comme si l’on avait omis de la faire, comme si l’on n’avait pas fait usage de la raison : car, à tous égards, l’omission s’est faite sans intention ! et seules sont punissables les omissions intentionnelles de ce qui est ordonné. À vrai dire, le criminel a préféré les mauvaises raisons aux bonnes, mais sans motif et sans intention : s’il n’a pas fait usage de sa raison, ce n’était pas précisément pour ne pas en faire usage. L’hypothèse que l’on fait chez le criminel qui mérite d’être puni, l’hypothèse que c’est intentionnellement qu’il a renié sa raison, est justement supprimée si l’on admet le « libre arbitre ». Vous n’avez pas le droit de punir, vous qui êtes partisans de la doctrine du « libre arbitre », vos propres principes vous le défendent ! — Mais ces principes ne sont en somme pas autre chose qu’une très singulière mythologie des idées ; et la poule qui l’a couvée se trouvait loin de la réalité lorsqu’elle couvrait ses œufs.

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24.11.2009

Explication psychologique de ce fait

Nietzsche fut l'un des précurseurs de l'analyse de l'âme humaine. D'ailleurs Freud lui-même réfusait de lire Nietzsche parce qu'il craignait d'y trouver des choses qu'il aurait aimer trouver lui-même. Voici un text de Nietzsche, tiré du Crépuscule des idoles, intitulé "Explication psychologique de ce fait", du chapitre "Les quatres grandes erreurs" :

Explication psychologique de ce fait

— Ramener quelque chose d’inconnu à quelque chose de connu allège, tranquillise et satisfait l’esprit, et procure en outre un sentiment de puissance. L’inconnu comporte le danger, l’inquiétude, le souci — le premier instinct porte à supprimer cette situation pénible. Premier principe : une explication quelconque est préférable au manque d’explication. Comme il ne s’agit au fond que de se débarrasser de représentations angoissantes, on n’y regarde pas de si près pour trouver des moyens d’y arriver : la première représentation par quoi l’inconnu se déclare connu fait tant de bien qu’on la « tient pour vraie ». Preuve du plaisir (« de la force ») comme critérium de la vérité. — L’instinct de cause dépend donc du sentiment de la peur qui le produit. Le « pourquoi », autant qu’il est possible, ne demande pas l’indication d’une cause pour l’amour d’elle-même, mais plutôt une espèce de cause — une cause qui calme, délivre et allège. La première conséquence de ce besoin c’est que l’on fixe comme cause quelque chose de déjà connu, de vécu, quelque chose qui est inscrit dans la mémoire. Le nouveau, l’imprévu, l’étrange est exclu des causes possibles. On ne cherche donc pas seulement à trouver une explication à la cause, mais on choisit et on préfère une espèce particulière d’explications, celle qui éloigne le plus rapidement et le plus souvent le sentiment de l’étrange, du nouveau, de l’imprévu, — les explications les plus ordinaires. — Qu’est-ce qui s’ensuit ? Une évaluation des causes domine toujours davantage, se concentre en système et finit par prédominer de façon à exclure simplement d’autres causes et d’autres explications. — Le banquier pense immédiatement à « l’affaire », le chrétien au « péché », la fille à son amour.

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23.11.2009

Lettre ouverte d'un athée aux anti-Minarets

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Nous sommes, au moment où j’écris ces lignes, à un peu moins de deux semaines d’une des votations les plus importantes et les plus polémiques de ces dernières années : l’initiative anti-minarets. Votation sensible et polémique car touchant à la religion que tout le monde reconnaît comme étant un terrain miné. Je regardais il y a quelques jours l’émission Infrarouge sur la télévision Suisse romande, arborant un semblant de débat entre les membres du comité anti-minarets et leurs opposants, membres de communautés musulmanes, ou encore, avec sa perspicace placidité, l’ancien procureur de la République et du canton de Genève : Bernard Bertossa.

Débat enflammé, confusions à tire-larigot et autres appels à la censure morale, ce débat fait désespérément preuve de tous les tords traînés par les grabuges caractérisés autour des valeurs fondamentales de nos sociétés.

Dans cette optique, il m’a semblé nécessaire d’analyser, d’un tour de main clair et consciencieux, les arguments des prosélytes de l’initiative anti-minarets pour y déceler les fautes et les simplifications. Pourquoi analyser seulement les arguments des anti-minarets? Premièrement, pour la simple et bonne raison que la charge de la preuve revient à celui qui affirme, deuxièmement, parce que j’aurai mes propres arguments et que je n’ai pas besoin de me référer aux actuelles réflexions des détracteurs de cette initiative. Arguments qui sont, eux aussi, quelque fois, un peu boiteux. Mais plus qu’une analyse argumentative, cet article sera aussi un dernier effort en faveur d’un non, ce 29 novembre prochain.

Une initiative polémique

infrarouge.pngLes musulmans représentent, selon le recensement fédéral de l’an 2000, 4.3% de la population suisse, soi 340′000 personnes sur 7.4 millions. L’Islam est la troisième religion du pays et  les musulmans sont la quatrième catégorie religieuse après les catholiques (42%), les protestants (33%) et les athées (11%).

Le 8 juillet 2008, 114′137 signatures sont déposées à la Chancellerie fédérales pour une initiative visant à interdire la construction de minarets. Initiative lancée par un comité composé de seize personnalités politiques suisses membres de l’UDC (Union démocrate du Centre, droite forte) et de l’UDF (Union démocratique fédérale, les conservateurs chrétiens) dont Oskar Freysinger et Ulrich Schlüer.

Alors qu’est-ce qu’un minaret? Le minaret est un élément architectural des mosquées. La plupart du temps il s’agit d’une tour dépassant les bâtiments alentour et qui a comme fonction de fournir un point élevé au muezzin pour les 5 appels à la prière par jour (il n’y a pas de muezzin dans les minarets en Suisse, et il n’y en aura pas, on reviendra dessus plus tard pour voir pourquoi). Le mot minaret vient du mot manâra qui veut dire “phare”, et n’est pas un élément indispensable d’une mosquée car il n’a jamais été préconisé par Mahomet et fut inventé à la fin du premier siècle de l’Hégire (exil de compagnons de Mahomet).

En 2007, la Suisse compte quatre mosquées avec un minaret à Zürich (depuis 1963), à Genève (depuis 1978), à Winterthur et à Wangen bei Olten. Aucun d’entre eux n’est utilisé pour l’appel à la prière comme le veut la pratique dans certains pays.

L’initiative sur laquelle nous allons devoir faire un choix ce 29 novembre 2009 vise à inscrire dans la constitution suisse que la construction de minaret est interdite. La réaction fasse à cette initiative est importante aux vues des implications pour les libertés personnelles ainsi que pour la place future de la religion dans notre société. C’est pourquoi il s’agit d’être clair sur nos principes et notre analyse des arguments et des justifications donnés par les partisans de cette initiative, et de réfuter les falsifications et autres simplifications habituelles de l’UDC et de l’UDF.

L’islamisation rampante de la Suisse et l’appel du Muezzin

Les promoteurs de l’initiative, se fondant sur les statistiques religieuses, insistent sur une islamisation rampante de la Suisse. Ainsi, notre pays deviendrait de plus en plus musulman, et l’on verrait, dans quelques années, l’application de la sharia (loi islamique). Regardons un peu, si vous le voulez bien, ces fameuses statistiques et abordons la notion de “pente savonneuse”. Les musulman étaient il y a 30 ans (1980) 56 milles dans notre pays, c’est-à-dire 0.8% de la population. En 2000, ils y avaient 310′800 musulmans en Suisse, c’est à dire 4.2%, pour une progression de +3.4% en 20 ans. Sans même aller plus loin, comme le disait M. Bertossa, si 4.2% de la population arrive à imposer ses bons vouloir au reste, c’est qu’il le problème se situe surtout au niveau de la combativité des Suisses. Mais allons quand même plus loin, et regardons les statistiques dans leur ensemble pour voir réellement ce qui se passe dans notre pays depuis quelques dizaines d’année. Les protestants eux sont passés de 45% en 80, à 35% (-10%!) en 2000. Les catholiques, quant à eux, sont passés de 47% en 80 à 41% (-6%) en 2000. Première remarque donc, nous sommes face à une déchristianisation de la Suisse. Mais où partent donc les pourcentages perdus chez les chrétiens?  Les athées (sans confession) étaient 3.7% en 1980, et 12% en 2000, soit une hausse de  8.3% en 20 ans. Deuxième remarque donc, nous sommes bien plus en face d’une athéisation de la Suisse, que d’une islamisation. Si les statistiques restent stables, il y a, pour chaque nouveau musulman en Suisse, deux nouveaux athées.

L’irrémédiable perte de puissance de la chrétienté ne donnerait-elle pas des nausées à certaines personnes rêvant de faire de la Suisse un “pays chrétien“? L’Islam ne serait-elle pas une concurrente un peu trop dérangeante? Les musulmans étant, de plus, principalement étrangers, ils sont une cible bien facile à atteindre, tandis que les athées, principalement Suisse et ne pratiquant pas une religion, ne pourraient faire l’objet de critiques (le pape se charge de le faire). Et puis, un athée Suisse, c’est un athée, mais de culture chrétienne, alors ça va… Les musulmans étant d’une autre religion, et principalement étrangers, on ne peut s’étonner de l’alliance UDF+UDC dans cette initiative.

Se basant sur des cas peu nombreux, voir inexistant, de demandes de faveurs de la part de musulmans (comme la non mixité des piscines), les partisans nous invitent à donner un signal fort pour montrer que l’on ne permettra pas aux intégristes islamistes d’obtenir ces traitements à part. Il est important ici d’être clair vous et moi, et de voir le jeu qui se cache derrière une rhétorique comme celle-ci. Elle tente de faire peser une menace sur la décision que vous allez prendre : si vous n’acceptez pas l’initiative, il y aura quelques demandes, puis d’autres, et encore d’autres, et l’on finira avec une application complète de la sharia. Cette stratégie porte un nom, elle s’appelle la pente savonneuse : elle consiste à prétendre qu’un compromis donné doit être refusé car il amorcerait un cercle vicieux, qui conduirait progressivement mais fatalement à une catastrophe. L’image de la pente savonneuse suggère donc que faire un pas vers les intérêts d’autres personne nous fait franchir un point de non-retour au-delà duquel l’équilibre se rompt, et la situation glisse sans plus aucun contrôle ni modération en faveur du camp adverse. Voilà l’argument principal de nos chers anti-minarets dévoilé (jeu de mot non intentionnel, quoi que), si nous permettons à toutes les catégories religieuses d’avoir les mêmes droits en rejetant l’initiative, demain, la Suisse ne sera pas pour autant un pays islamiste sous l’emprise de la sharia. Et nous ne verrons pas pour autant nos femmes et nos filles être obligées de porter le voile.

Mais par dessus tout, la question à laquelle les partisans de l’initiative n’arrivent pas à répondre est : quel est le rapport entre l’interdiction des minarets et les faveurs demandés par certains musulmans minoritaires? En quoi cela va-t-il résoudre quoi que se soit? Pourquoi attaquer une religion en particulier au lieu de renforcer la laïcité? Et surtout, question qui me travaille le plus : pourquoi les partisans les plus acerbes de cette initiative sont aussi les plus chrétiens et les plus anti-laïc?

MINAREt1.jpgDeuxième  argument déversé continuellement par les militants anti-minaret : demain nous auront dans notre pays quantité de minarets servant à l’appel à la prière cinq fois par jours. “Je ne veux pas entendre l’appel à la prière le dimanche matin” s’écriait un adepte lors d’un débat sur internet, argument quelque peu malhabile, puisque ce monsieur semblait ignorer que l’appel à la prière se fait 5 fois, et tous les jours, et beaucoup plus important, que cet appel serait très difficile en Suisse. Malgré tout, à ce sujet là aussi, beaucoup de simplifications ont été faites, ainsi lors de l’émission Infrarouge, Monsieur Hugues Hiltpold affirmait que le chant du muezzin ne pourrait se faire en vertu de l’interdiction du culte extérieur, sans mentionner que cette loi est uniquement genevoise et ne s’applique donc pas à toute la Suisse. Pour le reste de la Suisse, le chant du muezzin serait fortement restreint par l’ordonnance 814.49 sur la protection contre les nuisances sonores qui condamne toute manifestation sonore dépassant les 93 Dba. De plus, de fait de l’égalité de traitement des religions, puisque les cloches peuvent sonner pour annoncer la messe, il semblerait juste aux yeux de la loi de permettre aux musulmans d’avoir un équivalent. Entendre le gazouillement d’un muezzin serait donc possible bien que restreint, ce qui semblerait donner un argument aux partisans de l’interdiction des minarets, mais restons clairs, il s’agit ici, avec cette initiative, de régler un problème de place de la religion dans l’espace public en attaquant la laïcité, au nom de la laïcité, au lieu de la renforcer. Effectivement, rien n’empêcherait la création d’une loi fédérale équivalente à celle de Genève interdisant le culte extérieur, seulement pour cela, il faudra interdire aussi aux cloches de sonner lors des messes et autres enterrements, et ça, on peut s’y attendre, les conservateurs chrétiens de l’UDF et de l'UDC ne s’y feront pas. Car il préfèreront toujours restreindre la liberté d’un autre groupe religieux (concurrent) plutôt que de se soumettre à une laïcité juste et égalitaire.

Troisième argument des anti-minarets, si nous acceptons la construction de minarets sur le sol Suisse, demain nous serons envahi. Il faut d’abord rappeler que des minarets existent depuis déjà trente ans sur le sol Suisse, qu’il y en a actuellement 4, et que nous ne sommes pas envahi pour autant, bien que la construction en soi permise. Mais il faut principalement être extrêmement clair sur une chose : la construction de minarets, contrairement à ce qu’essayent de cacher les anti-minarets, est soumise à la même procédure que toute construction, c’est-à-dire qu’elle nécessite un permis de construire qui sera refusé si le projet s’inscrit mal dans le paysage alentour ou si la population y est trop hostile.

Pas d’église en Arabie Saoudite! Pas de minarets!

Revenons à nos statistiques, 12% des musulmans de Suisse ont la nationalité suisse, se sont donc nos concitoyens. Ils ne font pas partie d’un groupe extérieur à notre pays mais font partie de la Suisse comme tous chrétiens ou athées, et ont donc, eux aussi, le droit à des revendications.

L’argument que j’ai trouvé le plus ridicule et révélateur lors de cette campagne c’est bien celui des églises interdites en Arabie-Saoudite : puisque que ils interdisent la construction d’église dans les pays musulmans (affirmation grossière et généraliste qui mériterait une vérification),nous interdisons la construction de minarets dans notre pays. Cet argument se révèle dangereux lorsque l’on regarde ce qu’il sous-entend : “ils interdisent, eux, les musulman”, un musulman est donc vu comme quelqu’un qui ne peut pas être Suisse, quelqu’un d’extérieur. “Alors nous interdisons les minarets ici”, voilà qui révèle beaucoup sur la vision du monde de celui qui l’affirme : nous sommes Suisse, et eux, les musulmans, ne peuvent pas l’être, et seront toujours plus musulmans que suisses. Nous pouvons donc leur mettre tout sur le dos, même les méfaits des théocraties islamiques. Répétons-le, 12% des musulmans ont la nationalité suisse, ils ne sont pas extérieurs à nous, ils ne sont pas un autre groupe avec qui ont fait du marchandage de liberté, mais se sont nos compatriotes. Pour les 88%, les statistiques fédérales montrent qu’ils viennent principalement des Balkans, alors, Messieurs les anti-minarets, pouvez-vous me dire qu’est-ce que les musulmans de suisse ont à voir avec l’Arabie-Saoudite? La liberté ne se marchande pas, et on ne fait pas de choses stupides parce que les autres en font, car ce que proposent ces messieurs, c’est de nous transformer en personnes intolérantes et liberticides, parce que d’autres en Arabie-Saoudite le sont. Mais qu’allez-vous faire, demain, si en Arabie-Saoudite, on assassine un chrétien? Égorger des musulmans sur la place publique? Par réciprocité? Laissez-moi rire…

Autre argument souvent lancé : si le minaret ne peux faire l’appel à la prière, il ne sert donc à rien et les musulmans doivent donc y renoncer. La réponse à une telle bêtise est simple : en quoi cela vous regarde-t-il si une population veut construire un minaret ou non? Même si il ne sert à rien. Ce n’ai le droit de personne d’aller dire à un autre comment il doit vivre sa spiritualité, même dans la forme de son lieu de culte. Que les musulmans veulent ou non construire un minaret, Messieurs, cela ne vous regarde pas tant qu’ils restent dans le cadre de la loi. Hors, aujourd’hui, ceux qui sont conformes aux lois, se sont les musulmans, et ceux qui veulent la changer, c’est vous!

L’Islam, un système politico-religieux, et revendications musulmanes

Regardons maintenant du côté du catholicisme, le pape, lors de nombreuses visite en France ou d’en d’autres pays, déclara que la laïcité présente dans certain de nos pays tuait les valeurs chrétiennes et que nous devrions y revenir en la remettant en cause. Il n’y a pas si longtemps, le clergé avait un tel pouvoir dans les pays européen qu’il pouvait décidé de la destitution d’un roi, et le système religieux qu’il constituait allait bien au delà de la question religieuse pour aller jusqu’à la question politique. Alors nous allons nous arrêter aux faits : les trois religions monothéistes sont des systèmes politico-religieux, elles souhaitent toutes pouvoir influencer le système politique. La religion catholique ne souhaite pas respecter l’état de droit. Devons-nous pour autant interdire les églises catholiques? Pire encore, de nombreux discours du pape dévoilent des propos athéophobes, déclarant que tous les problèmes de nos sociétés sont la cause de l’athéisme, et qu’une personne athée ne peut être vertueuse. Comment peut-on soutenir des propos comme ceux-ci qui appellent à la haine de l’autre juste parce qu’il ne croît pas dans les mêmes dogmes? Et de nouveau, nous interdisons pas, au nom d’un pouvoir catholique envahissant, les clochers catholiques dans notre pays.

Certains me rétorquerons que nous avons eu notre siècle des lumières qui a transformé la religion chrétienne, mais c’est tout à fait faux. Oui, certaines personnes au 18ème siècle ont fait tomber le pouvoir religieux. Mais ils ne s’agissaient pas de “chrétiens” mais plutôt de déistes, panthéistes et athées. Ce n’était pas Voltaire, Rousseau comme certains le pensent, mais d’autres, moins connus, mais pourtant beaucoup plus efficaces (Voltaire appelait au meurtre des athées, qu’elle belle tolérances) comme Meslier, D’Holbach, La Mettrie ou Hélvetius. Qui attaquèrent la religion en la critiquant, et appelant à la raison et non à la superstition. Ce n’est donc pas une essence même de la religion chrétienne qui fait qu’aujourd’hui le religieux n’entre plus en politique, mais bien le fait du courage de certains penseurs qui osèrent critiquer le christianisme au péril de leur vie, car si ils n’avaient été là, nous pouvons en être certains, l’Europe serait toujours aux mains du système-politico religieux qu’est la christianisme. Alors pourquoi parler de ça? Tout simplement parce que les zélateurs de l’initiative tentent de faire croire que la religion chrétienne a plus de légitimité parce qu’elle respecte l’état de droit, ce qui ne serait pas le cas de l’Islam. Ce à quoi je répond que non, le christianisme est aussi un système qui veut atteindre les sphères politiques et que l’unique chose qui nous a permis d’arriver à une paix religieuse et à une indépendance égalitaire de tout citoyen vis-à-vis d’une religion, c’est la laïcité, et rien d’autre.

La religion musulmane est-elle dangereuse pour notre état de droit? Est-elle un système politico religieux? La réponse à la première question est Non, tant que la laïcité restera juste et forte. La deuxième est oui, mais c’est le cas de la religion chrétienne aussi, et ces revendications politiques doivent être réfrénées par la laïcité et la critique.

Les trois choix de l’occident et les mensonges sur la laïcité

La suite me semble clair, et regardons les choix qui s’offrent à nous, peuple d’occident, devant les revendications des différentes communautés religieuses :

  1. Se soumettre aux revendications des islamistes en acceptant des dérogations pour causes religieuses et en rendant toute critique des religions illégales;
  2. Partir dans le sens contraire, en limitant la liberté d’une partie de notre population qui ne le mérite pas au nom d’une fausse laïcité sensé “protéger” nos sociétés chrétiennes.
  3. Le troisième et dernier choix consiste à rester ferme sur les principes de la laïcité en refusant toute interdiction ou traitement de faveur envers une religion quelle qu’elle soit.

Voter non ce 29 novembre, c’est soutenir le troisième choix, ce que je vous encourage vivement à faire.

Oskar Freysinger à Infrarouge : Pour maintenir la paix religieuse, on doit maintenir tous ces dogmes à égalité et ne pas permettre à un de ces dogmes de demander des exceptions ou des lois parallèles.

 

Ce que nous dit Monsieur Freysinger pourrait paraître sensé et tout à fait laïc si les actions prises suivaient cette même affirmation. Seulement, nouvelle question : en quoi la restriction d’une liberté d’une religion précise est-elle une mise à égalité de tous les dogmes religieux? Soi Monsieur Freysinger a un problème avec l’interprétation du mot “égalité”, soi ce qu’il nous dit n’est pas son but réel. Quant aux exceptions de certains de ces dogmes, ils doivent être refusés toujours dans l’égalité la plus totale, c’est-à-dire par une laïcité forte et égalitaire.

Oskar Freysinger à Infrarouge : Alors ça c’est la fin de notre civilisation! C’est quoi cette civilisation qui s’avorte elle-même?

 

Monsieur Freysinger, si vous entendez par “notre civilisation”, la civilisation chrétienne. Alors oui, elle est en train de s’éteindre, et depuis un certain moment. J’ai le terrible sentiment, que au fond, ce que les promoteurs de l’initiative anti-minarets ne supportent pas, c’est la disparition de l’emprise chrétienne sur l’occident, au profit de sociétés laïques où ils n’auront pas plus de pouvoir que Monsieur tout-le-monde, quelle que soit sa religion. En cela, ils me font épouvantablement penser aux fondamentalistes chrétiens des Etats-Unis proclamant que leur pays doit retourner “entre les mains de Jésus-Christ, fils de Dieu“.

Mais l’analogie de s’arrête pas là, Maximilien Bernard, présent sur la plateau d’Infrarouge, affirma il y a quelque temps qu’il était en faveur  de l’enseignement du créationnisme dans les écoles, point aussi fortement soutenu par les traditionalistes américains.

Analyser certains propos qui peuvent passer sous le manteau de la plupart de gens est extrêmement important, surtout dans un débat comme celui-là. Ainsi, Maximilien Bernhard affirmât lors de l’émission Infrarouge :

Maximilien Bernhard : Je crois qu’aujourd’hui nous avons dépassez l’époque de la guerre des clochers, si je puis dire, entre protestants et catholiques, est révolue. Nous sommes maintenant dans une situation d’œcuménisme avec un appel à l’unité des chrétiens entre protestants, catholiques, évangélistes et d’autres dénominations. Je pense donc qu’à ce niveau là nous sommes tout à fait aptes à nous unir en tant que chrétiens.

 

Tout d’abord nous ne savons pas bien ce qu’il entend par “nous unir en tant que chrétiens”. Si ce nous dénomme tous les Suisses, alors nous sommes face à une affirmation extrêmement dangereuse parce qu’elle nierait toute différence, et tout choix de la part des personnes qui composent notre peuple. Les athées, les bouddhistes, les Musulmans semblent ne pas être Suisse pour certaines personnes, seul les chrétiens le sont. Mais cette affirmation nous montre bien le regard que les partisans de l’initiative porte sur le monde de la religion en Suisse : nous, chrétiens, nous nous sommes unis (nous avons arrêter de penser que l’autre n’est pas le bon “type” de chrétien), et comme nous ne sommes plus des concurrents les uns envers les autres, puisque l’autre n’est plus un autre type de chrétien mais un non-chrétien, alors, comme dans toute religion, les concurrents doivent avoir moins de droit  que nous. Là réside la morbide vérité de cette initiative, des chrétiens ne veulent pas de publicités d’un concurrent sur le sol Suisse de peur d’être distancés, et pour cela ils n’hésitent pas une seule seconde à utiliser la peur de l’Islam créée par les attentats du 11 septembre 2001. Ce qui fait peur dans cette stratégie, c’est l’attaque sur la laïcité qu’elle constitue et la négation et l’inacceptation de l’autre qu’elle génère.

Assurément, nous devons rester sur nos gardes devant des atteintes à la laïcité comme cette initiative. Mais nous devons aussi garder un oeil sur les atteintes aux libertés que menacent les islamistes. Ainsi, le conseil Européen des droits de l’homme aimerait inscrire l’interdiction du blasphème comme loi, nous interdisant toute critique de la religion. Nous le voyons dans le débat autour de cette initiative, les manières rhétoriques utilisées par les défendeurs de l’Islam ne sont des fois pas plus correctes que celle de l’UDC. Ainsi, les islamistes ont créé le terme “islamophobie” comme arme, tout à fait efficace, pour créer l’amalgame entre critique de l’Islam et racisme. D’ailleurs, à entendre Tariq Ramadan, la critique de l’Islam est du racisme. En liant critique de l’Islam et xénophobie, certains détracteurs de l’initiative ont utilisé, paradoxalement, la même stratégie qu’il dénoncent chez l’UDC: l’appel à la peur. En faisant référence aux nazisme et en le mettant comme épée de Damoclès, ils nous ramène aux manipulations rhétoriques de l’UDC. De nouveau ce fameux sophisme de la pente savonneuse… La critique de toute religion doit être possible car elle est l’un des seuls remparts contre l’obscurantisme et le terme “islamophobie” est un piège tendu aux pays laïques par les islamistes pour persécuter toutes critiques de leur religion.

Plus que le simple fait de ramener une réflexion sur la place de la religion dans notre société, et, je l’espère, une réaffirmation du droit à la critique de tous les dogmes, ce débat amène à réfléchir sur certains faits de l’Islam en Suisse. Premièrement, le financement des mosquée pouvant se faire par des groupes obscures, et deuxièmement, la mise en place, toujours par des groupes venant souvent d’Arabie-saoudite, d’imams radicaux dont on aurait de la peine à contrôler les actes et propos. Ici aussi quelque chose devrait être fait : surveiller les financements religieux et former par nous-même les imams qui officieront dans les mosquées de Suisse.

atheist-bus-londre.jpgPar contre, toute interdiction ou traitement de faveur envers une religion particulière est, par définition, anti-laïcité. Cela vaut pour l’interdiction de construction de minarets comme pour les éventuelles revendications (application de la sharia, piscines non-mixtes) que les musulmans pourraient faire dans un futur proche. Un regard net et consciencieux permet de voir automatiquement ce qu’essayent de faire les zélateurs anti-minarets: créer un clivage entre défenseurs d’une fausse laïcité et soit-disant islamisateurs envahissants. Ils nous proposent deux choix, et deux choix uniquement : interdire les minarets, ou laisser la Suisse aux mains d’intégristes musulmans. Simplification donc, alliée à un trucage de la notion de laïcité. Chers lecteurs, soyons raisonnables, il existe un troisième choix : la vraie laïcité, intraitable et égalitaire. Empêchant l’interdiction d’une liberté religieuse (la construction de minaret), tout comme d’éventuelles revendications d’intégristes islamistes. Voir le monde en noir ou blanc, faire croire à deux choix uniques devant une décision pour faire pencher la balance en sa faveur, tel est l’une des manipulations rhétoriques que nous propose l’UDC. Le 29 novembre, votons NON à l’initiative anti-minarets, et OUI à une future initiative renforçant la laïcité.

Paradox

11.11.2009

Les gènes de la popularité

 

popularity.jpgImpossible d’être le centre d’attraction de la fête? Peut-être êtes-vous né comme ça. Des recherches de l’Université de Harvard et de l’Université de Californie, San Diego, ont trouvé que notre place dans un réseau social est influencé en partie par nos gènes.

Nous prenons comme acquis que certains aspects de nos comportements sociaux - que se soit discuter avec un inconnu à une fête, ou préférer être le pot de fleurs - sont influencés par la génétique. Mais des recherches de l’Université de Harvard et de l’Université de Californie, San Diego, ont démontré que les gènes ont une influence plus large, affectant les types de réseaux sociaux que les gens forment et la position qu’ils occupent à l’intérieur de ceux-ci.

James Fowler, un scientifique de l’UCSD, et ses collègues ont étudiés les réseaux sociaux de 1110 frères et jumeaux identiques. Ils trouvèrent que 3 aspects des réseaux sociaux apparaissent comme formés par la génétique. Le nombre de fois que chaque adolescent fut nommé par un ami et la probabilité que chacun des amis du réseau se connaissent l’un l’autre étaient tout deux relatés à des facteurs génétique à un pourcentage d’environ 50%. Le fait qu’un adolescent soit au centre d’un réseau ou sur ses bords est d’origine génétique à une hauteur d’environ 30%.

Nous avons des caractéristiques innés qui nous donne nos tendeances à attirer des personnes ou des amis, et nous varions dans nos tendeances à présenter nos amis à d’autres amis.” Les bases génétiques découvertes dans l’étude, sont probablement une large combinaison de gènes qui sont plus généralement liés aux traits de personalité comme l’humour, la générosité ou l’extraversion.

Fowler et ses co-auteur ont précédement montré que des traits de santé et leurs comportements, comme l’obésité et le tabagisme, semblent se répandre à travers le réseau social - les personnes dont les proches amis prennent du poids, par exemple, ont tendeance à en prendre aussi. Maintenant que les chercheurs ont démontré que les réseaux sociaux ont des composants génétiques, ils se dirigent vers la prochaine question : est-il possible que certains gènes associés avec l’obésité n’agissent pas directement sur le corps mais infuencent la structure du réseau social d’une personne de manière à ce qu’une personne aie plus de risque d’”attraper” l’obésité? “Les réseaux sociaux pourraient être des conduits par lesquels les gènes agissent,” dit Fowler. “C’est une hypothèse un peu spéculative, mais il s’agit là de la prochaine étape“.

Journal reference:

  1. Fowler et al. Model of genetic variation in human social networksProceedings of the National Academy of Sciences, 2009; DOI: 10.1073/pnas.0806746106

 

Le royaume de l'irrationnel

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Le royaume de l'irrationnel

Le cinéma nous apporte à tous notre dose nécessaire de sensationnalisme et d'émotions bien ingurgitées. Dans la suite des films catastrophes, qui nous donnent l'occasion d'imaginer la fin du monde et de la comparer à notre petite vie ordinaire, 2012, réalisé par Roland Emmerich, nous dépeint la fin de l'Humanité lors du solstice d'hiver, le 21 décembre 2012, par une suite de catastrophes naturelles.

Mais selon une croyance bien répandue dans la population, cette date serait vraiment signe de fin du monde. En effet, il s'agirait de la fin du calendrier maya qui, dans leur grand génie (et leurs incroyable technologies) auraient prédis la fin du monde... Colporté par un grand nombre de sites Internet un brin sibyllins et douteux, une mystérieuse planète entreraient en collision avec la terre en l'année 2012. La NASA, inquiète par la propagation de ces délires virtuels décide de rétablir la vérité : le 21 décembre 2012 n'est pas la fin du calendrier maya, mais juste d'un cycle, une planète ne pourrait entrer en collision avec la terre sans qu'on l'aie détectée depuis des années, et aucun alignement planétaire n'est prévu en 2012. Alignements qui n'ont, de toute façon, aucun effet tangible. Mais comme toujours, et l'on peut voir aussi ce processus chez les théoriciens du complot, les instigateurs de ces divinations grandiloquentes refusent de lâcher leurs mondes imaginaires qu'ils pensent exactes pour voir la réalité en face : ils délirent.

Dans notre monde de technologies et de science, l'irrationnel et la superstition reste bien ancrées dans nos esprits même remplis de connaissances diverses et utiles. Nous croyons à la fin du monde en 2012 sans aucune preuves seulement parce que cette plaisante histoire est contée un peu partout sur Internet. Nous croyons à la voyance malgré l'impossibilité logique de son existence, nous zieutons notre horoscopes tout en sachant que l'astronomie, au combien supérieure à la pseudo-science cruche qu'est l'astrologie, et la psychologie montrent clairement que les astres n'ont pas d'influence sur notre vie. Éloge de la raison donc, et singulièrement, du scepticisme, garant d'un certain recul de l'intelligence sur les affirmations intangibles de quelques quidam bipèdes au bourrichon rachitique. Bravo enfin, à la NASA, de sortir de son champs d'action pour combattre les théories farfelues à la crétinerie hyperbolique de quelques prophètes bêtifiant et jouant sur l'ingénuité d'une populace en manque de sensations.

 

10.11.2009

Tous semblables, tous chrétiens!

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Tous semblables, tous chrétiens!

Le retour du religieux est de plus en plus apparente dans le monde, même si il s'agit surtout du retour des revendications religieuses plus que de la religion elle-même. L'UDC et l'UDF souhaitent interdire les minarets pour prévenir l'islamisation du pays, hors ils oublient que les statistiques fédérales montrent qu'il s'agit plus d'une athéisation. Mais sous les flots de revendications de chaque côtés, piscines non-mixtes d'un côté, et interdiction des minarets de l'autre, il s'agit de rester inflexible sur un principe : la laïcité. Elle est le respect de tous par la neutralité de l'état et de ses institutions qui ne doivent pas intégrer de symboles religieux sous peine de faire ce qu'il ne devrait pas  faire : imposer la présence d'une croyances à certains de ses concitoyens. Ce principe devant être encore plus fort lorsque l'on parle de l'école, où nos enfants forment leurs esprits et leurs convictions. Et la culture n'est pas une excuse, on ne met pas de faucilles et de marteaux dans les écoles russes parce que la Russie a été historiquement communiste, tout comme on ne met pas de crucifix même si le pays concerné à une histoire chrétienne.

Félicitation donc à la Cour européenne des droits de l'homme pour son arrêt qui enjoint l'Italie à retirer de toutes les classes d'écoles les crucifix. Contrairement à ce que vous pensez Monsieur Barraud, ceci est effectivement une grave atteinte aux droits de l'homme. Car ce que vous faites, dans votre article, c'est-à-dire réduire le peuple italien à une seule et même croyance est non seulement dangereux, mais aussi historiquement faux et sérieusement injuste. C'est oublier tous les autres italiens non-croyants (dont 4500 quittent l'église catholique chaque mois rien qu'en Italie), musulmans, bouddhistes et j'en passe qui sont eux aussi des citoyens, et qui ont eux aussi des droits. Comme souvent, l'excuse de la culture et de l'identité est utilisée pour atteindre à la liberté de minorités.

Une société libre et moderne se doit d'être intègre et intraitable sur certains principes, mais comment notre société peut-elle accepter que l'on donne la parole à certaines catégories de personnes, tout en censurant activement certaines autres. Pas seulement par une censure brutale, mais en appelant d'une façon extrêmement hypocrite à la tolérance et au respect. Lorsque les athées du monde entier se réveillent, cela donne une suite d'actes publicitaires comme ceux lancés en Angleterre par une association humaniste britannique qui eut l'audace d'écrire sur plus de deux cents bus londoniens : "Dieu n'existe probablement pas, cesse de t'en faire, et profite de la vie". Les affiches n'étaient pas une provocation veine et futile, mais une réaction. Une simple protestation contre l'athéophobie affichée activement par des groupes religieux britanniques qui faisaient, pendant plusieurs mois, publicité à une site internet affirmant que tout non-croyant se verrait souffrir pour l'éternité en enfer. L'idée provoqua quelques réactions, de mouvements religieux principalement, ou de chauffeurs de bus refusant de conduire un bus où la publicité ne faisait que contredire leurs croyances, mais hormis ça, pas de quoi fouetter un chat.

L'idée fit son chemin et l'on vit petit à petit le message apparaître aux quatre coins du monde : Barcelone, Washington et même en Italie. Ce qui donna, naturellement, une idée à l'association Suisse des libres-penseurs qui annonça une quête de dons pour le lancement d'une même publicité sur les bus Suisses. Mais voilà, c'était sans compter sur notre beau pays, où la liberté d'affirmer sa non-croyance n'est à première vue pas aussi forte que chez nos voisins. A Genève, la société exploitant les affiches des transports publics fit, avant même toute demande, une déclaration choquante : elle refuserait les publicités athées car pouvant blesser les croyants dans leurs convictions religieuses. Ce qui n'empêchait pas cette même société d'accepter à de nombreuses reprises des publicités à caractère religieux venant de mouvements chrétiens divers qui elles, au grand jamais, ne pouvaient blesser les athées dans leurs convictions. Ce qui est dangereux ici, c'est d'accorder une sensibilité à un groupe  de personnes, et pas à une autre. Comme souvent donc, deux poids, deux mesures et une liberté d'expression à sens unique.

Ainsi, la critique de la religion n'est qu'insolence irrespectueuse, et l'affirmer en public un affront intolérable. Peu importe la liberté d'expression. Peu importe la liberté de penser. Dans la Genève d'aujourd'hui, tout comme en Italie, on ne coupe plus la tête aux athées, mais juste la langue. On peut imaginer que si ces affiches avaient été lancées par des personnes de confession musulmane, elles auraient été, je n'en doute pas, elles-aussi refusées. D'où ma terrible conclusion : en Suisse les chrétiens ont le droit d'afficher publiquement leurs croyances, les autres sont tolérés, tant qu'ils sont invisibles. Pas de minarets, pas d'affiches athées, et la Suisse se portera bien.

Mais ne nous plaignons pas, la situation pourrait être pire, comme au Etats-Unis. En effet, l'athéophobie là-bas y est telle qu'une personne se déclarant athée peut perdre son travail du jour au lendemain. Une simple étude de trois ans menée par des sociologues américains (1) permet de le prouver : les athées sont le groupe le plus dédaigné aux Etats-Unis derrière les musulmans, les homosexuels et les nouveaux immigrants. D'après cette étude, les américains préféraient encore voter pour un président homosexuel croyant plutôt que pour un athée. D'où la conclusion cynique de certains militants athées américains : l'athéisme est traité aux Etat-Unis comme l'homosexualité il y a cinquante ans.

Devrais-je rappeler qu'il y a à peine quelques siècles, on tuait d'innombrables personnes pour la simple raison qu'elles ne voulaient pas croire aux dogmes chrétiens. Devrais-je rappeler que les athées de nombreux pays ont dû se battre pour obtenir le simple droit de pouvoir quitter l'église. Les athées, libres penseurs et autres humanistes, ne doivent pas avoir peur de sortir de leurs terriers et d'affirmer haut et fort leur non-croyance. Chères responsables religieux, Monsieur Barraud, membres de l'UDF et du Parti évangéliste; les athées sont vos concitoyens et font partie de la Suisse tout autant que vous. Il va falloir nous entendre, et faire avec.

(1) Edgell, Penny, Joseph Gerteis, and Douglas Hartmann (April 2006). "Atheists As "Other": Moral Boundaries and Cultural Membership in American Society". American Sociological Review 71 (2): 218.

09.11.2009

Droit au suicide, réponse à l'article de Philippe Barraud

Cet article constitue une réponse à l'article "Assistance au suicide: le droit de mourir relève de la liberté de chacun, pas de l’Etat" du journaliste de L'Hebdo, Philippe Barraud.

Droit au suicide : pour une politique contrôlée

Monsieur Barraud, j'ai attentivement lu votre article sur l'assistance au suicide et j'ai voulu, par ce présent article, y répondre car il traite le sujet d'une manière beaucoup trop simpliste. Et je vais vous démontrer pourquoi dans la suite de ces lignes.

Je n'argumenterai pas ici en faveur du projet du Conseil Fédéral sur l'assistance au suicide, dont de nombreux points me laissent fort sceptique, mais tout de même pour un contrôle de cette liberté personnelle, car oui, j'affirmerai ici qu'une liberté, même personnelle, peut être restreinte lorsqu'elle engendre de funestes conséquences. Ce que vous semblez trouver inacceptable combien même cela est appliqué tous les jours dans notre société, et pour le bien de tous et de toutes.

Il s'agit ici d'être clair vous et moi, et c'est pourquoi j'analyserai deux affirmations implicites de la réflexion que vous avez mener dans votre article, et pourquoi elles sont tous simplement fausses. Partant de ces analyses je souhaiterai ensuite proposer ma propre réflexion sur ce droit que vous voulez défendre et ainsi voir ce que nous pouvons proposer sur la base de celle-ci.

Lisant votre article, j'y ai trouvé deux affirmations implicites qui constituent la base de votre réflexion : premièrement, l'existence du libre arbitre, dont le contrôle du suicide assisté semble être une intolérable mesure de contrainte. Et deuxièmement, beaucoup plus importante, l'affirmation quelque peu naïve que toute décision personnelle est forcément bonne pour l'individu qui la prend. Vous vous bornez à une supposition, au demeurant quelque peu aberrant, que la nature humaine serait parfaite. Vous affirmez ainsi que de placer la décision du suicide dans les mains d'un groupe d'expert, retire le libre arbitre à celui qui en fait la demande est que cela constitue un fait inadmissible. Vous continuez sur cette lignée en lançant une affirmation, et pas des moindre, selon laquelle le décision de mourir relève par essence de la liberté de chacun. Allié à l'hypothèse que vous avez émis au début de votre article, c'est-à-dire que réglementer scrupuleusement l'aide au suicide va à l'encontre des intérêts et de la dignité des citoyens, j'en conclu une importante hypothèse qui sous-tend toute votre réflexion : toute décision qui relève de la liberté personnelle est forcement bonne pour celui qui la prend, autant au niveau de ces intérêts que de sa dignité.

Lorsque l'on mène une réflexion sur un sujet aussi difficile et porté de sens que celui du suicide, il est indispensable d'aller au bout des choses, de mener une réflexion approfondie et ainsi d'analyser la véracité de toute prémisse car la vision que vous voulez nous donner du suicide est bien trop simpliste et démagogue. Voilà pourquoi je passerai en revue vos deux affirmations pour y relever les fautes et autres simplifications.

Premièrement, attaquons-nous à votre vision du libre arbitre, il s'agit ici d'être clair sur l'utilisation d'un principe comme le libre arbitre pour justifier un principe comme la non-régulation du suicide et d'analyser les faits tels qu'ils sont et d'en étudier l'impact et la véracité. Le libre arbitre est un concept débattu depuis des siècles, beaucoup s'y ont attaqué et aucun n'a pu répondre à une question essentielle : comment un effet ne peut-il avoir de cause? Nous sommes le résultat de causes qui sont notre patrimoine génétique, notre éducation et le hasard et j'en conclurai donc que le libre arbitre est un concept bien trop flou, et surtout trop peu concret, pour pouvoir mener une réflexion de fond sur l'aide au suicide à partir de celui-ci car notre libre arbitre peut souvent se retrouver faussé et notre jugement est trop facilement affecter par quelques maladies physiques ou psychologiques, ou encore par diverses influences extérieures.

Deuxièmement, point comme je l'ai dit beaucoup plus important, vérifions si une décision personnelle est toujours bonne pour celui qui la prend. Vous jouez ici particulièrement bien avec cette envie de liberté de tout un chacun, par ces appels à ce qui constitue un pilier fondamental de notre société : la liberté. Vous faites appelle, dans vos affirmations de respect de la liberté de suicide, à l'appétit essentiel de liberté de toute personne, ce qui est ma foi une très bonne stratégie pour vous attirer les louanges de ceux qui n'iront pas voir plus loin. Malgré tout, cette allégation que tout choix qu'une personne pourrait prendre ne puisse être que bénéfique pour elle-même me semble particulièrement bancale, et pour le prouver il nous suffit de voir que notre société nous retire quelque fois un peu de liberté personnelle pour notre propre bien. Nous voyons couramment dans le monde qui nous entoure qu'une personne peut atteindre à ses propres intérêts : une personne qui se drogue choisi elle-même de se droguer, mais nous tentons malgré tout de l'en empêcher pour son propre bien et nous restreignons ainsi à une de ses libertés personnelles, celle d'utiliser son corps comme bon lui semble. Mais ce n'est pas tout, nous autres humains ne prenons pas tout le temps les décisions les meilleures pour nous-mêmes : nous consommons au lieu de mettre de l'argent de côté en cas de coups durs, et mangeons des produits divers et dangereux pour notre propre santé. Voilà pourquoi nous avons mis en place un système d'assurance maladie obligatoire et que nous tentons d'empêcher la consommation de cigarette ou de ce que nous appelons la "malbouffe". Dans cette suite d'exemples, vous vous placeriez, en soutenant une liberté personnelle inaliénable, comme partisant d'un système médicale sans aucune assurance maladie obligatoire, hors nous voyons bien dans quel désaroit elle place la société américaine. Désaroit que Monsieur Obama tente de vaincre malgré de fortes résistances de la part de personnes qui, comme vous, défendent une liberté personnelle inaliénable au nom d'une anti-infantilisation des citoyens.

Il s'agit ici du même principe que l'on applique à l'assistance au suicide : il faut parfois restreindre le liberté personnelle qui permet à chacun de se donner la mort pour protéger certaines personnes d'elles-même. Mais comment décider qui doit pouvoir obtenir ce droit, et qui doit être mis sous protection? Peut-on donner l'aide au suicide à un patient atteint du locked-in syndrome? Oui diront certains. Mais peut-on donner l'aide au suicide à un patient atteint d'une grave dépression et qui souhaite se donner la mort? En sachant que la dépression à une influence génétique et environnementale, est-il vraiment possible de parler de libre arbitre et de choix? Quel est l'importance des traitements existants sur le choix que nous devons prendre vis-à-vis de la personne qui fait la demande? Peut-on laisser quelqu'un se suicider parce que des points de sa vie ne vont pas (environnement stressant au travail, etc) ou doit-on plutôt l'aider à changer sa vie? Voilà des questions bien floues auxquelles vous ne répondez pas, et qui pourtant, nécessiteraient bien des réponses. L'ultime question, devant être répondu au cas par cas, étant : "Doit-on permettre à cette personne de se suicider ou doit-on la protéger d'elle-même?". Pour répondre à cette question, comme je le soutiendrai plus bas, il me paraît nécessaire qu'un groupe d'expert extérieurs (car vous semblez oublier qu'une personne non-extérieurs ne sera jamais objective sur la situation) soit nommé et qu'ils intégrèrent dans leur réflexion les points qui suivant :

  • Existe-t-il des traitements pouvant améliorer la condition du patient?
  • La maladie ou atteinte dans sa chaire que subit le patient est-elle incurable ou existe-t-il une chance de rémission?
  • Le choix est-il murement réfléchis?
  • Le patient est-il atteint de troubles psychologiques pouvant fausser son choix et sa réflexion;

Je conclurai donc l'analyse de cette deuxième prémisse par un fait simple : vous ne pouvez justifier l'inexistence totale de contrôle sur le suicide en faisant appel à une liberté transcendantale et inaliénable qui serait le garant de l'intérêt et de la dignité de la personne car, comme nous l'avons vu, elle ne va pas toujours dans ce sens.

En conclusion, je ne soutiendrai pas pour ma part la projet du Conseil Fédéral, car deux avis médicaux me semblent ne pas être assez objectifs pour pouvoir construire un jugement sage et raisonnable. Les médecins, bien que faisant partie de la décision, doivent principalement être là en tant qu'informateurs sur les faits médicaux que le patient doit affronter. Je soutiendrai encore moins la première option de Pascal Couchepin qui me semble faire preuve d'aucun sensibilité face à la souffrance inévitable qu'une personne peut subir. Mais je soutiendrai bien la possibilité d'une aide au suicide limitée et contrôlée par des personnes extérieures. Cependant, le fait de distinguer ce qui va à l'encontre de la personne, où il faut lui refuser ce droit au suicide, et la situation où la souffrance est inévitable et nécessite de mettre fin à un supplice intolérable n'est pas quelque chose de clair et de précis et ne peut donc être inscrit clairement sur le papier, la façon dont la décision est prise peut quant à elle être inscrite clairement dans la loi. Et je soutiendrai ainsi un principe de décision basé sur des juges venant de domaines divers et variés. Voilà ce que je propose : un groupe de personne composé d'un médecin, d'un psychiatre, d'un psychologue, d'un philosophe et d'un citoyen choisi au hasard devrait juger de quel cas relève chaque situation. Et aurait à répondre à la question ultime pour chacun des cas : doit-on retirer à la personne le droit de mourir pour la protéger d'elle-même, ou la situation est-elle justifiée et vide de toute espoir d'améliorations? Il en convient aussi à ce groupe de personne de prendre en compte autant la souffrance physique que psychologique. Mais dans la lignée de ma réflexion, il me paraît nécessaire que la Suisse reste un pays ouvert et en avance sur le sujet au regard de ce qui se fait dans les pays voisins.

04.11.2009

Facebook, psychologue électronique moderne des petites dépressions virtuelles (1 sur 2)

Facebook, c'est fantastique! Et comme tout jeune qui mérite ce nom, j'y ai un compte pour exposer ma vie aux yeux de tout mon environnement social.

Facebook, en tant que télévision des émotions de toutes les personnes qui m'entourent, comme une sorte de livre ouvert sur les rebondissements quotidiens de tout un chacun, me fait venir, de temps à autres, des petites réflexions. Réflexions me poussant, comme toujours, à étudier quelque peu le sujet.

Je constate assez souvent, que de nombreuses personnes (et je l'ai fait quelque fois certainement moi aussi) utilise Facebook pour partager des choses extrêmement personnel, comme leur problèmes personnels, leurs petites dépressions ou autre coup dur moral. Mais pourquoi alors, pourquoi exposer quelque chose de si personnel, des pensées relevant de son jardin secret, de son monde intime, à tout son réseau social, et même, à des personnes que l'on ne connaît peu, voir pas du tout? Avant, on s'allongeait sur le divan d'un psychanalyste pour partager notre désespoir quotidien, maintenant on le met simplement comme statut d'un réseau social numérique.

D'autres questions bondissent alors directement à l'esprit. Est-ce que Facebook aide du point de vue psychologique, ou isole-t-il les personnes qui s'y aventurent? Facebook aide-t-il à se faire des amis? Les amitiés sont-elles moins vraies, et moins naturelles, ou justement plus profondes et plus sincères? Facebook est-il le nouveau psychologue virtuel de Monsieur Tout-Le-Monde?

Je vois régulièrement des messages intermittent, et quelque peu miteux, je dois l'avouer, dans l'ordre de celui-ci : "Je n'en peux plus, j'en ai marre, rien ne vas plus! Je suis soûlé de tout ça" (Exemple sorti de ma tête, et traduit du SMS vers le français). Facebook une sorte de royaume où toute personnalité se voit offrir la possibilité d'y montrer son désespoir, ses joies, ses petites citations philosophiques rose-bonbon glanées au coin du web, ou encore quelque petites leçons de morale cucul-la-praline exposées à la vue de toutes et de tous.

Certes, Facebook pourrait se voir comme une façon d'exister envers l'autre, d'y mener des appels au secours lorsque l'on se sent mal, et de provoquer la réaction de son entourage par quelque phrases choc mais mystérieuses. Par ses pensées transposées sur une scène virtuelle dont on est le comédien principal, on se sent exister aux yeux des autres qui pourront nous montre leurs approbations ou leurs désaccords.

Mais plus étrange, pour ceux qui ne serait pas habitués au "Reverse Engineering" à la sauve Darwin, il pourrait aussi se dévoiler comme une soumission à un instinct social d'une nature humaine immuable. L'instinct de curiosité de nos relations sociales, et de tout ce qui touche à nos comportements avec les autres. Se vautrer dans la curiosité de l'autre, de ses pensées, de sa vie, des ses tracas quotidiens pour mieux appréhender et entraîner ces capacités d'interactions, nos jeux de stratégies sociales qui fondent nos comportements à autrui. Curiosité, instinct si j'ose dire, du monde des interactions humaines qui a certainement été d'un grand secours pour nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, et l'est certainement encore aujourd'hui. Autre spectre de cet instinct, fut Loft Story en son temps, putching ball de cet appétit social, il permettait à l'aficionados du canapé de se mettre dans la peau d'un chercheur-psychologue amateur un scrutant d'un bout à l'autre la vie sociale d'un groupe de personne.

Mais Facebook a-t-il été la cible de quelques études scientifiques? La psychologie peut-elle nous dire l'impact qu'à Facebook sur notre manière de vivre avec l'autre? Sur nos amitiés? Sur nos amours? Est-ce que parce que l'on communique plus vite et sans frontières, on communique plus mal? Certaines personnes pensent que les nouveaux outils de communication tuent la vraie communication entre personnes. Mythe ou réalité?

En fait, la science s'intéressent à la communication entre personnes via les nouvelles technologies depuis le début des années 90, et ses travaux révèlent des résultats souvent inattendus... mais tout cela sera pour un prochain article. Pour l'instant, le sommeil m'appelle.

03.11.2009

Pluviométrie de la connerie ambiante : l’invasion des imbéciles

Retrouvez cet article sur : http://www.mono-lab.ch/?p=629

Ou comment il arrive que le monde régresse de 200 ans… Cela échappe peut-être à un grand nombre d’entre nous qui ne se préoccupe que peu de ce sujet, le croyant, à tord, enterré depuis longtemps. Mais l’idée du créationnisme (croyance que le monde a été créé il y a 6000 ans par Dieu lui-même en 6 jours) envahit de plus en plus l’éducation et les mouvements politiques de nos sociétés occidentales, spécialement aux Etats-Unis, menaçant de renvoyer tout l’ensemble des progrès effectués depuis le moyen-âge aux oubliettes. Comment combattre ce retour dangereux pour la science et la démocratie des extrémistes religieux? Quelles sont les places respectives de la science et de la religion?

Tout commença le 24 Novembre 1859 lorsque fut publié pour la première fois L’origine des espèces (On the Origin of Species by Means of Natural Selection), livre d’un naturaliste anglais du nom de Charles Darwin. Depuis ce jour, la théorie Darwinienne est source d’interminables attaques de la part, principalement, de fondamentalistes religieux, mais aussi de philosophes et même de certains biologistes. Pourquoi? Tout simplement parce qu’elle dérange et que sa signification (souvent mal interprétée) fait peur à beaucoup de personnes. Qu’affirme Darwin? Il démontre que l’origine de la vie peut être l’œuvre, non pas d’un créateur bienveillant donnant un sens à l’Univers, mais d’un principe bêtes et aveugle fait d’étapes et de conditions fondé sur l’aléatoire et la sélection, bref un simple algorithme. Il montre que nous n’avons pas besoin de Dieu comme hypothèse pour expliquer l’apparition de la complexité, pour faire plus simple, le Darwinisme est une théorie athée.

Ce que semble voir certains dans cette théorie c’est l’absence de sens dans l’Univers dépeint par Darwin,  et de raison (d’un pourquoi) de l’existence de l’humanité. Théorie nihiliste, elle fut très vite attaquée et accusée d’être athée et matérialiste (ce qu’elle est) par de nombreux mouvements, surtout religieux, qui tentèrent de freiner son enseignement dans l’éducation publique. L’éducation, en formant intellectuellement le futur de notre société que sont nos enfants, est la cible principale de tout combat contre une théorie qui dérange.

La Planète des Singes

C’est donc dans ce domaine qu’est l’éducation que le combat commença en 1925 à Dayton (Tenessee) aux États-Unis lors du célèbre procès du singe qui opposa les fondamentalistes chrétiens, défendus par le procureur et homme politique William Jennings Bryan, aux libéraux défendus par Clarence Darrow.

L’enseignant John Thomas Scopes fut alors condamné à une amende de 100 dollars pour avoir enseigné la théorie de l’évolution à ses élèves en dépit d’une loi de l’Etat du Tenessee, le Butler act, qui interdisait formellement de contredire “l’histoire de la création divine de l’homme, telle qu’elle est enseignée dans la Bible“.

Le procès du singe fut un échec juridique pour les évolutionnistes mais une victoire médiatique car il eut un écho considérable dans l’ensemble de États-Unis. Malgré cela, il fallut attendre 1967 pour que cette loi moyenâgeuse qu’est le Bulter Act soit abolit.

Une fois entrée dans l’éducation, ce fut le tour du créationnisme d’être banni de nos écoles, lors du procès de Little Rock (appelé deuxième procès du singe) qui fut cette fois remporté par les évolutionnistes et qui interdit au créationnisme d’être enseigné dans les écoles publiques pour la simple cause qu’il viole la séparation de l’église et de l’état inscrit dans la constitution américaine.

Les créationnistes avaient perdu une bataille, mais pas la guerre. En 2004, le conseil éducatif de Dover adopta une résolution qui obligeait les professeurs de biologie à lire le message qui suit aux élèves :

Le Pennsylvania Academic Standards demande aux élèves d’apprendre la théorie de l’évolution de Darwin, et d’en faire éventuellement le sujet d’une partie d’un test de connaissances.

Vu que la théorie de Darwin est une théorie, elle n’est toujours pas sûre avant que de nouvelles preuves soit découvertes. La Théorie n’est pas un fait. Des lacunes existent qui ne peuvent s’expliquer. Une théorie est définie par une explication qui unifie un grand nombre d’observations.

Le design intelligent est une explication sur l’origine de la vie, qui diffère du point de vue Darwinien. Le livre de référence Of Pandas and People est accessible et destiné aux élèves qui souhaiteraient explorer cette théorie afin de comprendre ce qu’elle représente actuellement.

Comme c’est vrai pour toute théorie, les élèves sont appelés à garder un esprit critique. L’école laisse aux élèves et à leurs familles le soin de la discussion sur les origines de la vie. Les cours répondront aux programmes standards pour permettre aux élèves de les maîtriser.

La résolution fut adoptée mais les professeurs refusèrent d’appliquer la résolution qui fut appliquée par le conseil lui-même. Mais en 2005, des parents d’élèves attentèrent un procès au conseil éducatif et à l’école publique en affirmant qu’il incitait les élèves à lire un livre d’Intelligent Design (Of Pandas and People), forme de créationnisme caché sous une apparence scientifique. Les plaignants invoquèrent le premier amendement de la constitution des États-Unis qui établit le principe de la séparation de l’Église et de l’État. Ce procès fut appelé le Dover Panda Trial en référence au procès du singe de 1925.

Le jugement fut rendu le 20 décembre 2005, et affirma :

  • que les nouveaux programmes des écoles publiques de Dover sont inconstitutionnels;
  • l’interdiction de l’apprentissage du dessein intelligent dans les classes de sciences des écoles publiques.

Les évolutionniste avaient donc gagné ce troisième procès, mais de nouveau, ils n’ont pas gagné la bataille. Aujourd’hui, sans que nous nous en soucions, les créationnistes s’infiltrent petit à petit dans l’éducation de nombreux pays, menaçant la science et l’éducation de notre société. Même dans nos pays, que nous croyons laïques, le créationnisme, chrétien et musulman, jette une ombre d’ignorance sur le futur de notre monde.

L’invasion des imbéciles

Paraît-il, qu’au commencement, Dieu créa le ciel et la Terre… et ce fameux commencement aurait eu lieu il y a 6000 ans!

Cette belle histoire, la version Barbie et Kent de l'histoire de l'Univers, pourrait faire rire, malheureusement c’est ce que les étudiants en biologie du Kansas pourront apprendre, et pas seulement eux.

Après des années de combat acharné contre l’hérésie Darwinienne, les fondamentalistes de l’État du Kansas, dans le sud des États-Unis, ont gagné. Par 6 voix contre 4, le 11 août, le comité d’État sur l’éducation a radié des examens scolaires toute référence à Darwin et à l’évolution des espèces. Scott Hill, agriculteur et membre du comité affirma “C’est un grand pas en avant”. Moi je parlerais plutôt d’invasion de la stupidité. Mais Scott Hill a au moins la chance de confirmé l’affirmation d’Einstein :

Il y a deux choses d’infini : l’Univers, et la connerie humaine. Pour le premier je ne suis pas ŝur.

Il ne sera pas interdit aux professeurs de parler d’évolution, ils pourront tout simplement enseigner la théorie de leurs choix “celle de la Bible, le créationnisme” ou celle de la science… Ainsi, au Kansas, dans 12 ans, un étudiant rentrant à l’Université pourrait ne jamais avoir entendu parler de l’évolution.

Tout cela pourrait sembler peu dangereux si les ultra-conservateurs n’avaient pas l’intention de s’arrêter là : depuis plusieurs décennies, ils essayent d’effacer des manuels de biologie scolaires de l’Alabama, d’Arizona, de Géorgie et du Nebraska, toute référence à l’évolution. En 1982, il tentèrent même, sans succès, d’inscrire le créationnisme au programme scolaire de l’Arkansas et de la Louisiane. Des réglementations du même type sont à l’étude en Géorgie et en Ohio. En 1997, un projet de loi fut étudié au Texas qui aurait conduit à retirer des écoles tous les livres de biologie faisant mention de l’évolution. Le projet fut rejeté par le comité d’État par une faible majorité. La même année, les créationnistes parvenaient, en Alabama, à ce qu’un avertissement aux élèves soit inclus sur chaque manuel de biologie, stipulant que l’évolution n’est qu’une “théorie controversée”. Rappelons qu’à l’heure actuelle, s’il faut en croire une journaliste du Time, 50% des Américains rejettent la théorie de l’évolution.

L’évolution “est une tromperie” affirme Tom Willis, directeur de l’Association du créationnisme scientifique pour la région centrale des Etats-Unis. “Vous ne pouvez pas aller en laboratoire ou sur le terrain et fabriquer le premier poisson”. C’est sur cette base que se situe l’argument créationniste : l’évolution ne peut pas être prouvée en laboratoire, elle est donc fausse, et ne devrait pas être enseignée dans les écoles. Il est tout de même intéressant de noter que c’est ce même Tom Willis qui nie que le Grand Canyon ait été créé par l’érosion pendant des millions d’années, puisque, bien sûr, la Terre est née il y a 6000 ans de cela. C’est une éruption volcanique, dit-il, qui a créé le Grand Canyon, et ce en quelques heures. Merci Monsieur Willis pour ce bon moment de rigolade! Je croyais personnellement que c’était les sabots d’une licorne rose invisible qui avait magnifiquement creusé le Grand Canyon, mais chacun sa théorie…

En effet, il n’y a pas seulement l’évolution qui est remise en cause par les ultra-conservateurs, mais toute idée rejetant l’interprétation littéraire de la Bible. Si l’évolution est une tromperie, cela s’applique à toute le reste, comme la théorie du Big Bang, qui vient d’être supprimée des examens de fin d’année au Kansas!

Aux dernières nouvelles, les créationnistes n’ont pas encore demandé que l’on retire des écoles l’enseignement des protons et des neutrons, que l’on a pourtant jamais observé non plus. Mais cela ne serait tarder…

Beaucoup vont penser que cette histoire se situe loin de nous, aux États-Unis, ou dans des pays encore très religieux, seulement le créationnisme s’attaque maintenant de plus en plus à Europe, et aussi à la  Suisse. Début 2009, les créationnistes se lance à l’assaut des écoles suisses. Au moment même de l’anniversaire de la naissance de Charles Darwin, des chrétiens fondamentalistes, dont le président de l’association ProGenesis, partent en guerre contre les idées du naturaliste anglais. Gian Luca Carigiet profita alors de cet anniversaire pour lancer une initiative populaire hautement polémique ayant comme objectif que la Bible et Darwin soient enseignés sur un pied d’égalité lors des cours de biologie dans les écoles suisses. Selon l’association ProGenesis, le programme scolaire Suisse pousse les enfants à l’athéisme en n’enseignant que la théorie de l’évolution qui contredit la version biblique de la Création divine. En Suisse allemande, certains politiciens ont affirmé leur soutien à cette initiative. Pire, en Suisse romande, un politicien de l’UDF, affirma “Ce serait bien que le peuple puisse voter sur cette question. Suivant le texte de l’initiative, nous pourrions tout à fait la relayer”.

Pendant ce temps, le créationnisme faisait déjà sont apparition dans une école de Gränichen (AG), l’école chrétienne “Salta” avec la bénédiction des autorités. L’école remplit les conditions pour obtenir une autorisation, a indiqué le conseil d’éducation qui conseil le gouvernement argovien dans le domaine  scolaire.

Le créationnisme chrétien fait déjà des ravages intellectuels en occidents, mais l’Islam n’est pas en reste. Le créationnisme islamique est même en passe de rattraper le créationnisme chrétien grâce à un certain Harun Yahya, qui ne serait que peu intéressant si il n’était qu’un simple extrémiste en plein délire, mais il est aussi assez riche pour répandre ce même délire dans tout l’occident. Au début de l’année 2007, Harun Yahya, de son vrai nom Adnan Oktar, envoya à un certain nombre d’école Européenne son livre “L’Atlas de la création”, qui réfute la théorie de l’évolution des espèces au nom du Coran.

Un pavé de 800 pages, richement illustrées, c’est ce qu’on reçu de nombreuses écoles occidentales, principalement en France et en Belgique. L’auteur de cet “Atlas de la Création”, basé à Istanbul, ainsi que la maison d’édition qui lui est entièrement dévoué, a investis de grands moyens pour colporter son message créationniste dans toute l’Europe.

Que contient cet ouvrage de si dérangeant? L’auteur tente, au nom du Coran, depuis une vingtaine d’année de réfuter la théorie de l’évolution des espèces et ce livre est dans la lignée des mensonges typiques des créationnistes et de leurs falsifications des faits scientifiques. Ainsi, Harun Yahya, clamant à qui veut l’entendre qu’il possède la vérité, face aux mensonges des évolutionnistes, et que cette même théorie Darwinienne, matérialiste et athée, serait la source du nazisme, du communiste et terrorisme (sic!). Outre les mensonges dont est rempli son livre (il compare des fossiles qui n’appartiennent pas aux même espèces et confond les anguilles avec des serpents), il fait preuves d’un fondamentalisme religieux effrayant, mêlé à une haine et un mépris de l’athéisme et du matérialisme qu’il comprae à Adolf Hitler. Malheureusement, cette démonstration, bien que ridicule, peut faire mouche auprès d’un public non averti.

Une simple visite sur le site de l’auteur fait froid dans le dos, mélangeant fondamentalisme, mensonges intolérance et mésinterprétions délibérées, Harun Yahya, colporte un message dangereux dans toute l’Europe menaçant nos libertés et les valeurs de la démocratie. Sur son site, titré “Une invitation à la vérité”, il dit, je cite :

Harun Yahya : Selon cette théorie de l’évolution, des substances inanimées se rassemblèrent par hasard pour donner naissance à une première cellule vivante.

Il fait d’abord preuve, dans cette phrase, d’une incompréhension, certainement voulue de la théorie Darwinienne, et continue sur des affirmations fallacieuses, tentant de faire croire que la théorie de l’évolution n’a rien de scientifique alors qu’elle est en fait clairement soutenue par une masse impressionnante de confirmations empiriques et d’observations.

Harun Yahya : Les allégations de Darwin ne reposaient évidemment sur aucune preuve scientifique ni aucune découverte.

Harun Yahya doit certainement ignoré (sauf lorsque il les utilisent en les falsifiant) les milliers de fossiles découverts où l’on peut admirer le travail de l’évolution et qui a permis aux scientifiques de recréer partiellement l’arbre de la vie et cela sur des millions d’années.

Harun Yahya : L’examen de ces fossiles nous permet de voir que les êtres vivants sont exactement les mêmes que ce qu’ils étaient il y a des centaines de millions d’années.

Oui, certainement parce que tout les êtres ont été créés par des nains verts extra-terrestres… Les théories dérangeantes d’Harun Yahya ne montrent pas seulement jusqu’où peut aller la bêtise humaine et la déficience d’intelligence, mais elles pointent aussi une lacune de l’occident : le trop grand respect que nous donnons aux idées religieuses, et le tabou devant toutes critiques qui peuvent être faites sur celles-ci. L’esprit scientifique pose des questions, remet en doute, utilise la raison et l’investigation pour découvrir les méthodes de fonctionnement des entités qui nous entoure. La foi, et par la même les religions, se fondent sur le principe d’acceptation d’une idée, qu’il ne faut, surtout jamais, remettre en cause. La science et la religion sont donc deux idées totalement différentes, et radicalement opposées.

Du Poker à Armaggedon : l’importance du bluff dans une guerre thermonucléaire

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Je me souviendrai toujours d’un de mes films préférés lorsque j’étais tout jeune : WarGame. Il racontait l’histoire d’un jeune homme, pirate informatique a ses heures perdues, qui, voulant accéder au système informatique d’une compagnie de jeux, déclencha une simulation de guerre sur un ordinateur de la défense américaine (NORAD). Simulation qui mena presque le monde vers une guerre thermonucléaire totale.

Outre le côté fictif du film, il nous mène à un des domaines des mathématiques le plus passionnant : la théorie des jeux et son application aux relations internationales, à notre vie sociale et à notre psychologie.

La machine de l’Apocalypse

Nous sommes pendant les années 60, en pleine guerre froide, et vous êtes le président des États-Unis d’Amérique. New-York vient d’être rasé de la carte par les Russes, et vous êtes maintenant sur le point de prendre une décision. Qu’allez-vous faire?

La politique des états-unis est de riposter à toute attaque nucléaire pour ainsi dissuader d’éventuels adversaires. Si vous ne ripostez pas, tout n’aurait été que bluff. Seulement voilà, le mal est fait, et tuer 20 millions de personnes de changera rien. De plus, les retombées radioactives risquent de créer des dégâts dans votre propre pays.

Malheureusement, c’est peut-être bien ce qu’avait prévu les Russes, jouer sur votre bluff et vous mettre au pied du mur,  et vous feriez mieux démontrer le contraire. Seulement, tuer 20 millions de personnes maintenant pour prouver que vous ne bluffiez pas ne servira à rien car le présent de changera rien au passé.

Mais c’est précisément ce que pensaient les Russes, ils savaient qu’il ne vous servirait à rien de prouver que vous ne bluffiez pas et c’est précisément ce raisonnement qui a mené à l’impasse dans laquelle vous êtes. Malheureusement, il est trop tard pour ne pas raisonner ainsi. Vous pestez contre votre propre liberté d’action, et vous préfériez que la riposte soit automatique et sans appel, et que les Russes le savent. Cela aurait éviter toute l’histoire, et des millions de vies par la même occasion.

Un autre film, que j’ai découvert beaucoup plus tard, se révèle extrêmement intéressant dans le contexte que nous avons décider d’étudier aujourd’hui : Dr.Folamour de Stanley Kubrick. L’histoire de Dr.Folamour se situe aussi en pleine guerre froide. Un général devenu fou décide de détourner les bombardiers armés de bombes atomiques sous sa responsabilité chargés de quadriller le globe et de répondre en cas d’attaque des russes. Le général, obsédé par la menace communiste et voulant supprimer l’URSS, lança une alerte aux bombardiers leur chargeant de larguer leurs bombes sur l’Union Soviétique. Le gouvernement américain réussi à rappeler tout les avions sauf un dont le contact fut perdu à cause d’un accident. Le président des États-Unis (joué par Peter Sellers) et ses conseillers contactèrent le premier ministre du parti communiste pour essayer de trouver une solution.

Malheureusement, le premier ministre leur révéla l’existence d’une arme, devant être présentée au congrès annuel du parti : le machine de l’apocalypse. Son principe de fonctionnement étant simple : des détecteurs d’explosions atomiques répartis dans tout le pays et connectés à un énorme complexe informatique déclenchent automatiquement et sans intervention humaine une énorme charge nucléaire radioactive détruisant toutes formes de vie sur terre à la moindre tentative d’invasion de l’URSS.

Le président demande des informations à son conseiller scientifique, un ex-chercheur de l’Allemagne nazi qui a une forte tendance à faire le salut hitlérien sans pouvoir s’en empêcher, sur la faisabilité d’une telle machine :

- Mais, dit Muffley, est-il vraiment possible qu’elle se déclenche automatiquement et en même temps qu’elle soit impossible à désamorcer?

- [...] Mais précisément, se hâta de dire Folamour. Monsieur le président, non seulement c’est impossible, mais c’est essentiel. C’est là tout l’intérêt du dispositif. La dissuasion est l’art de susciter chez l’ennemi la peur d’attaquer. Et ainsi, à cause du processus de décision automatique et irrévocable qui empêche toute intervention humaine, la machine de l’apocalypse est terrifiante, simple à comprendre et totalement crédible et convaincante. [...]

- Mais c’est fantastique, dit le président Muffley. Dr Folamour, comment peut-il se déclencher automatiquement?

- Monsieur, dit Folamour, c’est remarquablement simple. Quand vous voulez simplement enterrer des bombes, il n’y a pas de limite. [...] Après les avoir enterrés, on les connecte à un complexe géant d’ordinateurs. On programme dans les banques de données en mémoire un ensemble de conditions spécifiques et bien définies dans lesquelles les bombes doivent exploser. [...]

Se retournant, Folamour regarda l’ambassadeur soviétique dans les yeux. “Il n’y a qu’une chose que je ne comprends pas, Monsieur l’ambassadeur. Tout l’intérêt de la machine de l’apocalypse est perdu si vous la gardez secrète. Pourquoi ne pas en avoir fait part au monde?”.

L’ambassadeur tourna la tête. Il dit tranquillement mais distinctement : “Cela devait être annoncé au congrès du Parti lundi. Comme vous le savez, le Premier Ministre adore les surprises.”

Tout le pouvoir de la machine de l’apocalypse se situe dans la dissuasion qu’elle crée chez l’ennemi. Il lui en coûterait tellement qu’il vaut mieux pour lui qu’il n’attaque pas. Comme Folamour le précise, toute sa crédibilité réside dans la fait qu’elle se déclenche automatiquement et irrévocablement. Si un être humaine possède la liberté d’appuyer sur le bouton ou non, l’ennemi peut toujours vous mettre au pied du mur en jouant sur votre bluff. Alors que dans le cas d’un processus dont vous n’êtes pas maître, et qui se déclenche automatiquement, l’ennemi sait que peut importe ce que vous pensez, ou ce que vous êtes capable de faire, l’attaque se déclenchera et les conséquences seront terribles.

Mais ces exemples nous permettent de sonder non seulement les relations internationales entre nations ennemis, mais aussi les endroits les plus sombres de l’âme humaine. Nos interactions avec d’éventuels ennemis ou concurrents, mais aussi avec nos amis et nos amours. Nos façons de convaincre, de persuader les personnes de notre entourage,  ou de dissuader d’éventuels ennemis , mais aussi nos tentatives pour nous contrôler nous-mêmes, semblent suivre le même principe que la machine de l’apocalypse.

Les négociations, que se soit celles de notre vie de tout les jours, ou celles entre des nations, sont souvent gagnées par celui qui possède la meilleure stratégie, même si ce dernier possède moins de pouvoir, de puissance ou de choix. Une stratégie paradoxale purement efficace, est celle visant à s’enlever à soi-même toute liberté de décisions. Comment convaincre le marchand de tapis lors de vos vacances? Vous ne prenez sur vous qu’une certaine somme déterminée que vous ne voulez pas dépasser,  si la somme lui est, même un minimum, favorable, il n’aura alors d’autres choix que d’accepter votre prix, ou alors de laisser passer la vente. Les professionnels du commerce international utilisent une technique semblable : ils ne donnent qu’une somme maximum à leurs négociateurs, et aucun moyens de les contacter lors des négociations, la partie adverse sera obligée d’accepter le prix, ou elle laissera filer le deale.

Mais poussons plus loin l’analogie entre la machine de l’apocalypse et notre psychologie, et analysons nos émotion, plus particulièrement l’amour romantique et son côté paradoxal. Nous donnerons comme définition de l’amour romantique celle qui suit : l’amour romantique est un sentiment d’appartenance et d’attachement à un membre du sexe opposé (sauf exception) qui a comme particularité d’être incontrôlable et indéfinissable. Par incontrôlable nous entendons par là que nous ne décidons pas de tomber amoureux d’une personne ou non. Et indéfinissable s’entend comme le fait que nous ne savons souvent pas vraiment pourquoi nous tombons amoureux de cette personne précise. L’amour romantique pourrait-il être une tactique paradoxale de persuasion? La réponse semble être l’affirmative.

Par l’amour romantique, nous tentons tout simplement de convaincre la personne cible d’une chose : “je ne te quitterais pas le jour où un meilleur parti se présentera parce que je n’ai plus le choix, et parce que je t’aime pour autre chose que ce que pourrait proposer les autres, quelque chose que je ne sais définir consciemment“. Nous aimons savoir que nous sommes unique aux yeux de l’autre parce que cela nous garanti qu’il ne partira pas lorsque un meilleur parti pointera le bout de son nez. Dîtes à une femme que vous l’aimez pour ses jolis seins, et vos recueillerez certainement pour seule réponse une belle gifle, dîtes-lui que vous l’aimerez pour toutes ces choses qui font ce qu’elle est, et la réponse sera toute autre. Dans le premier cas, vous lui dîtes qu’elle n’est qu’une femme parmi d’autres, et que donc, vous la quitterez dès que vous aurez la possibilité d’avoir une relation avec une femme possédant deux meilleurs arguments que les siens. Dans le deuxième cas, vous lui montrez qu’elle est une femme unique, que vous ne sauriez remplacer.

D’autres parties de nos relations, qui feront peut-être le sujet de prochains article, peuvent être vue sur l’oeil de la dissuasion : nous prenons plus au sérieux un fou qui semble avoir perdu tout contrôle sur ses actions, nous nous privons de notre liberté pour convaincre nos amis de notre loyauté et nous essayons de faire croire que nous avons perdu tout contrôle sur nous-même pour dissuader un adversaire (le fameux “fait gâffe, lui c’est un fou!”).